Maroc : débat sur l’avortement en attendant l’arbitrage du roi
17 mars 2015
Chafik Chraïbi, Président de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin
2 avril 2015

Avortement: Ça y est, on y est presque

D’abord démis de ses fonctions de chef de service à la maternité des Orangers de Rabat, le professeur Chafik Chraïbi, symbole de la lutte contre l’avortement clandestin, a finalement été autorisé à reprendre ses activités. L’affaire, qui a agité la société civile et le monde médiatique ces dernières semaines, est venue bousculer l’agenda politique. Le ministre de la Santé, El Hossein El Ouardi, et Mohammed VI ont tous deux appelé à une réforme de la loi sur l’avortement, jugée dépassée. Le professeur Chraïbi réagit.
Le débat sur la légalisation de l’avortement au Maroc a fait couler beaucoup d’encre, et a évolué en dent de scie : tantôt c’est l’optimisme total devant la déclaration officielle positive d’un haut responsable, tantôt c’est le pessimisme total qui donne envie de tout laisser tomber devant une déclaration négative.
Cette fois-ci, plus rien ne nous fera faire marche arrière: le roi, commandeur des croyants, a donné ses hautes instructions pour travailler sur la question et ce communiqué est tombé à pic, au moment-même où l’AMLAC (Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin) organisait un débat national sur la question.
Un débat de grande envergure, regroupant plus de 300 personnes de la société civile, le ministre de la santé, huit partis politiques, les ONG et associations de droits humains, de droit à la justice et de droit à la santé à qui, en partie, revient ce succès et que je remercie vivement.
A l’arrivée de ce communiqué, j’étais tellement heureux que j’ai dû arrêter les débats un moment pour lire avec beaucoup d’émotion le communiqué royal. De grands cris de joie, des youyous et des « vive le roi ! » jaillissaient dans la salle.
Ce signal très fort de Sa Majesté prouve encore une fois l’intérêt qu’il porte aux questions sociales du citoyen, et surtout à la classe sociale défavorisée qui pâtit le plus face à une grossesse non désirée.
Maintenant, j’espère que l’AMLAC sera le centre de cette commission, afin de donner notre avis et de partager des années d’expérience sur le terrain.
Notre position reste et restera la même : c’est l’amendement de l’article 453, dans le seul but de sauvegarder la santé physique, psychique et sociale de la citoyenne marocaine, et nullement d’encourager la débauche ou le libertinage.

CE QUE DIT LA LOI

Article 453 « L’avortement n’est pas puni lorsqu’il constitue une mesure nécessaire pour sauvegarder la santé de la mère et qu’il est ouvertement pratiqué par un médecin ou un chirurgien avec l’autorisation du conjoint.
Si le praticien estime que la vie de la mère est en danger, cette autorisation n’est pas exigée. Toutefois, avis doit être donné par lui au médecin-chef de la préfecture ou de la province.
A défaut de conjoint, ou lorsque le conjoint refuse de donner son consentement ou qu’il en est empêché, le médecin ou le chirurgien ne peut procéder à l’intervention chirurgicale ou employer une thérapeutique susceptible d’entraîner l’interruption de la grossesse qu’après avis écrit du médecin-chef de la préfecture ou de la province attestant que la santé de la mère ne peut être sauvegardée qu’au moyen d’un tel traitement. »

Auteur: huffpostmaghreb